
Chapitre 3
Le dîner
Le président poursuivit son inspection des troupes puis nous fûmes invités à rejoindre la salle où devait se tenir le dîner. Le président se retrouva entouré de trois hommes avec qui il semblait être en étroite relation. Je fus intrigué par la déférence excessive qu’il leur accordait. On me fit asseoir à côté d’une femme élégante et d’une beauté sans âme. Son visage aux traits fins et réguliers abritait deux yeux dont le regard était absent. Je pris le temps d’observer chacun des invités. L’impression que j’en retirai me fit froid dans le dos. Les hommes semblaient demeurer sur leur réserve comme suspendus aux mouvements du président, qui était, avec ses trois interlocuteurs, les seules personnes animées de cette assemblée. Quant aux femmes, elles ressemblaient à de belles plantes décoratives que leurs époux ou compagnons exhibaient comme un signe d’appartenance à la meute. Je jetai un regard sur le docteur qui discutait avec un des trois hommes proches du président. Je n’eus pas le temps de détourner mes yeux que l’homme avec qui il parlait me jeta un regard où je pus y lire une sorte de menace. Chose étrange, l’attention qu’il porta sur moi fit réagir tous les autres invités qui, à leur tour, me fixèrent avec insistance au point que je dus baisser les yeux. L’homme m’interpella d’une voix grave et bien audible : Le dîner
L’HOMME
Monsieur Ferrare Léonardo, c’est bien ça ?
LEONARDO
Oui monsieur.
L’HOMME
J’apprends que vous êtes ici avec l’intention d’accéder à la connaissance des choses secrètes.
LEONARDO
A vrai dire… je…
L’HOMME
Et vous espérez sortir d’ici sans en payer le prix.
LEONARDO
Je ne comprends pas…
L’HOMME
Tout a un prix, vous le savez très bien, ne soyez pas naïf. Avez-vous des biens ?
LEONARDO
C'est-à-dire ?
L’HOMME
Encore un idéaliste. Avez-vous un compte en banque ? Des biens immobiliers, des terres, enfin, vous possédez quoi ?
Le silence pesant qui régnait dans la salle et tous les yeux braqués sur ma personne me mettaient terriblement mal à l’aise. Je tentai d’interpeller du regard le docteur, mais il attendait comme les autres ma réaction.
LEONARDO
Pas grand-chose, vous savez, je démarre dans la vie…
L’HOMME
Vous démarrez…quel rapport avez-vous avec l’argent ?
LEONARDO
Je ne crache pas dessus mais ce n’est pas le but de mon existence.
LE PRESIDENT
Savez-vous que vous allez devoir payer un droit de passage dans notre cité. L’argent ne compte peut-être pas pour vous, mais pour nous, c’est le nerf de la guerre, et je pèse mes mots en le disant. Votre ami le docteur Watson, a dû vous mettre au parfum, ici tout se monnaye et vous allez devoir payer comme tout le monde…à moins que...
L’homme se retourna vers le président :
L’HOMME
Vous pensez à la même chose ?
LE PRESIDENT
On le lui propose ?
L’HOMME
Et pourquoi pas ? Je lui envoie un petit message.
L’homme s’écarta pour sortir un portable argent et or pour envoyer le message en question.
Le président me fit un petit sourire sardonique avant de reprendre :
LE PRESIDENT
Vous passerez me voir dans le petit salon après le dîner. Nous parlerons de tout ça entre nous. Bon en attendant, profitons de cette réunion pour nous sustenter. Mesdames et messieurs que la fête commence !
Les conversations se déversèrent dans la salle en une rumeur confuse. Le service se déroula dans une organisation à la mécanique bien huilée, une sorte de ballet où rien ne semblait être laissé au hasard. J’eus la vision d’une macabre cérémonie dans le monde des morts.
A la fin du repas je fus conduit dans le petit salon où m’attendait le président toujours en compagnie des trois individus à qui il semblait être soumis.
LE PRESIDENT
Entrez jeune homme, mettez vous à l’aise. Vous prendrez bien un petit digestif ?
LEONARDO
Sans façon.
LE PREMIER HOMME
On vous en sert un quand même. Les bonnes choses ne se refusent pas.
LE DEUXIEME HOMME
Vous allez devoir négocier avec nous…il est donc préférable de vous mettre à notre diapason, ne croyez-vous pas ?
LEONARDO
Le docteur Watson n’est pas des nôtres ?
LE TROISIEME HOMME
Oubliez un peu votre docteur. Je vous croyais un peu plus autonome.
LEONARDO
La question n’est pas là.
LE PRESIDENT
Vous vous trompez, la question est bien votre quête de liberté, d’autonomie, votre désir de devenir maître. Est-ce que je me trompe ?
LEONARDO
Ce n’est pas tout à fait ça.
LE DEUXIEME HOMME
Alors expliquez nous un peu.
LEONARDO
Que voulez-vous de moi ?
LE PREMIER HOMME
Jeune homme vous semblez vous égarer dans des visions d’un monde fait de justice d’amour et d’harmonie. Et vous êtes là comme une sorte d’espion ou peut être en voyeur, comment doit-on interpréter votre passage chez nous ?
LEONARDO
Pourquoi me poser toutes ces questions ?
LE PRESIDENT
Je vous trouve bien arrogant, vous croyez-vous en mesure de nous juger ?
LEONARDO
Je ne juge personne, j’observe c’est tout.
LE TROISIEME HOMME
C’est bien ce qu’on disait, vous êtes ici en voyeur.
LE DEUXIEME HOMME
Ou un espion. A la solde de qui ? Il va bien falloir qu’il nous crache le morceau.
LE PRESIDENT
Vous allez devoir nous prouver votre innocence.
LEONARDO
Si j’entends bien vous êtes en train de me faire un procès.
LE PREMIER HOMME
Vous avez le droit de l’interpréter de cette manière.
LE PRESIDENT
On va cependant vous offrir une chance. C’est à prendre ou à laisser. Avez-vous remarqué la qualité de vie que nous offrons à nos administrés.
LEONARDO
Si vous me permettez, je ne parlerai pas de qualité mais plutôt de quantité. C’est beaucoup de luxe, beaucoup d’argent…
LE DEUXIEME HOMME
Si le président vous parle de qualité, vous n’avez pas à le contredire. Il sait de quoi il parle. Ne venez pas nous rebattre les oreilles avec vos idées d’homme aigri, jaloux de ne pas posséder. La possession, l’abondance de biens vous fait peur parce que vous êtes incapable de conquérir. Vous vous complaisez dans votre médiocrité. La jouissance du pouvoir vous échappe. Mais petite merde que vous êtes, vous n’avez pas idée du bonheur que tout cela procure.
LEONARDO
Nous n’avons visiblement pas la même vision du bonheur.
LE PRESIDENT
Cela est bien regrettable. Je hais les médiocres. Vous êtes un médiocre. Avant que je ne vous écrase, il ne vous reste qu’une seule issue.
LEONARDO
Laquelle ?
Le président s’adressa aux trois hommes qui l’entouraient :
LE PRESIDENT
Il est informé ?
LE DEUXIEME HOMME
Il a été prévenu il se trouve dans son palais, avenue des puits.
LE PRESIDENT
Qui l’accompagne ?
LE TROISIEME HOMME
Je m’en occupe.
LE PRESIDENT
Très bien, ne le faisons pas attendre.
LEONARDO
De qui parlez-vous ?
LE PRESIDENT
Tu verras bien. C’est le plus puissant d’entre nous.
LEONARDO
Et pourquoi dois-je y aller ?
LE TROISIEME HOMME
Pas d’impatience, un peu plus de soumission et tout se passera très bien.
LEONARDO
Je veux voir le docteur Watson.
LE PRESIDENT
Je te l’ai déjà dit, oublie ton docteur, ici c’est avec nous que tu négocies les choses. Embarquez moi ce petit merdeux.
Le troisième homme m’invita à le suivre. Je ne pouvais qu’acquiescer.
Je fus conduit dans une impressionnante voiture luxueuse, à travers une grande avenue jusqu’à ce qui semblait être les limites de la ville. Une plaine sombre s’étendait devant nous. Elle abritait une multitude de tours métalliques qui ressemblait à celles qui ornent les puits de pétrole. J’interrogeai le troisième homme assis à mes côtés.
LEONARDO
Où sommes-nous ?
LE TROISIEME HOMME
On te l’a déjà dit, tout cela appartient à l’homme le plus puissant, mais cela n’est qu’une infime partie de ce qu’il possède. C’est également un grand armateur, mais il contrôle également tout le réseau informatique et une partie de l’industrie métallurgique. C’est l’homme le plus important et le plus influent de ce monde. Nous allons chez lui.
LEONARDO
Pour y faire quoi ?
LE TROISIEME HOMME
Il incarne à lui seul, toute la jouissance du pouvoir.
Chapitre 4
L’empereur
Je fus conduit dans un palais de marbre, à l’architecture imposante, riche en colonnades et en façades garnies de sculptures de toutes sortes. Je fus introduit dans le salon principal où l’ambre et l’or s’harmonisaient avec des pierres précieuses. Mes yeux s’emplirent de toute cette magnificence. Le troisième homme s’en aperçut :
LE TROISIEME HOMME
Alors toujours prêt à cracher dans la soupe ?
LEONARDO
Je dois reconnaître que c’est hallucinant.
LE TROISIEME HOMME
Et tu n’as pas tout vu. L’empereur va te recevoir.
LEONARDO
L’empereur ?
LE TROISIEME HOMME
C’est le titre qu’il s’est attribué. Un homme aussi puissant…
LEONARDO
Je vois.
Une ravissante hôtesse aux formes voluptueuses s’avança vers nous
L’HÔTESSE
Nous allons prendre l’ascenseur.
Elle nous conduisit vers l’ascenseur. On s’engouffra dans ce bel espace mobile qui descendit de deux étages pour s’ouvrir sur un couloir orné d’œuvres d’art. Au bout du couloir on pouvait apercevoir une ouverture à l’éclairage bleuté vers laquelle je fus conduit.
Je fus introduit dans une immense salle circulaire qui abritait en son centre une piscine. Tout autour se déployait un espace convivial rythmé harmonieusement par des colonnes de marbre blanc. Trois hommes entourés de ravissantes créatures s’abandonnaient à une voluptueuse détente. Un autre se prélassait dans l’eau bleutée de la piscine accompagné de trois jeunes filles. Le troisième homme qui ne me lâchait pas d’un pas me proposa de m’asseoir dans un des fauteuils situé dans une des alcôves qui bordait le bassin. A peine m’étais-je installé qu’une délicieuse jeune fille vint me servir à boire. Je refusai, me souvenant des propos du docteur concernant ma position dans cette aventure mystérieuse.
LE TROISIEME HOMME
Nous ne vous proposons pas n’importe quelle boisson, vous ne trouverez jamais ce goût nulle part ailleurs. Vous devriez essayer, au moins une fois, je vous le conseille.
LEONARDO
Sans façons.
LE TROISIEME HOMME
Servez-lui un peu de notre liqueur rouge.
La jeune fille obtempéra. C’est à cet instant qu’une voix grave, celle de l’empereur, en provenance du bassin, m’interpella.
L’EMPEREUR
Monsieur Ferrare Léonardo, vous me feriez injure en refusant de boire cet élixir de ma fabrication.
LE TROISIEME HOMME
Buvez donc jeune homme, vous ne le regretterez pas.
LEONARDO
Qu’est ce que c’est ?
LE TROISIEME HOMME
Buvez, ça ne peut que vous faire du bien.
Je pris la coupe qui m’était proposée, je la portai à mes narines pour en apprécier l’odeur qui me surprit très agréablement. J’en bus une gorgée. Je découvris un goût nouveau, rien de ce que l’on peut connaître dans le monde d’en haut. Je ressentis cependant une sorte d’appréhension. Il me semblait que quelque chose ne tournait pas rond. L’empereur sortit du grand bassin accompagné des trois nymphettes qui s’empressèrent de le recouvrir d’un superbe peignoir de bain aux tons rouges. Il s’avança vers moi.
L’EMPEREUR
Vous m’avez l’air inquiet jeune homme. De quoi avez-vous peur ?
LEONARDO
Je me sens tout bizarre.
L’EMPEREUR
Rien d’étonnant avec ce que vous venez de boire.
LEONARDO
Que voulez-vous dire ?
L’EMPEREUR
Ce fameux élixir est fait pour vous mettre bien avant la grande opération.
LEONARDO
Quelle opération ?
L’EMPEREUR
J’ai besoin de votre jeunesse, de votre vitalité, et soyons francs de certains de vos organes.
LEONARDO
Je ne comprends pas.
L’EMPEREUR
C’est pourtant bien simple, voyez-vous jeune homme, dans ce monde, tout le monde mange tout le monde. Il faut savoir qu’aujourd’hui vous mangez, mais vous serez mangé à votre tour. Quand vous comprenez ça, vous vous arrangez non seulement pour être mangé en dernier, mais vous faites en sorte que ceux qui vous serviront de nourriture, soient bien engraissés et appétissants. Vous les soignez, vous les nourrissez comme il se doit, et quand ils sont repus et gras, c’est le moment. Tout le monde mange tout le monde. C’est comme ça, mangez avant d’être mangé.
LEONARDO
Tout cela pour en venir ou ?
L’EMPEREUR
Tout cela pour vous dire que votre jeunesse m’intéresse et que vous n’êtes pas en posture de me résister. A partir d’aujourd’hui vous êtes ma possession et ma nourriture. Vous m’appartenez. Rassurez-vous, vous n’êtes pas le premier. Je reconnais que pour cette fois, le président ne s’est pas trompé sur la marchandise. Nous allons vous faire passer quelques tests avant, juste pour s’assurer que vous êtes de bonne composition. En attendant continuez de vous détendre et laissez agir cette boisson merveilleuse.
A peine eut-il terminé sa phrase que je laissai tomber la coupe par terre ce qui ameuta les personnes présentes. Deux hommes apparurent à l’entrée de la piscine et s’approchèrent de moi pour m’encadrer.
L’EMPEREUR
Laissez faire, il nous sera bientôt docile.
Le peu que j’avais bu de l’élixir semblait faire son effet. Je me retrouvai sans réaction, livré aux autres. J’étais devenu leur objet. Ma volonté leur était complètement soumise. Je me sentais bien dans une sorte d’univers de coton dans lequel j’avais l’impression de flotter.
L’EMPEREUR
Faites lui faire les tests.
LE TROISIEME HOMME
A vos ordres majesté.
Le troisième homme me demanda de le suivre. Je me levai tel un automate toujours encadré des deux hommes et je le suivis. Il me fit entrer dans une salle qui était à l’évidence un laboratoire. L’éclairage était froid et l’espace était rempli de grands placards blanc métalliques alignés sur plusieurs files. Le troisième homme s’engouffra dans une des allées bordées par ces placards pour en ouvrir un et me montrer son contenu.
LE TROISIEME HOMME
Tout cela va servir à préserver la jeunesse de notre empereur, mais également celle de ses proches et tous ceux avec qui il traite de grandes affaires. Comme vous devez vous en douter, tout cela a un coût. L’empereur n’est pas satisfait de toutes les tentatives qui ont été faites pour lutter contre le vieillissement. Tout ce traficotage des gènes, ne donne pas encore les résultats escomptés. Sans pour autant abandonner les travaux sur la génétique, il a choisi une solution plus rapide. Remplacer les organes défaillants par d’autres qui auront été prélevés sur des patients sains et en parfaite santé. Voyez donc, vous avez ici notre banque d’organes. Nous avons de tout. Quand je dis tout, c’est tout. Dans cette rangée vous avez tout ce qui concerne les membres par exemple ce placard est un de ceux réservés aux bras. Tous ces organes sont mis en condition, ils sont intacts et très bien préservés, un véritable travail de professionnels. Mais pour nos recherches nous avons besoin de matière, cela se comprend de soi même. Nous réunissons ici les plus grands experts en matière de transplantation d’organes.
Je pus voir toute une série des bras enveloppés dans des sachets, ils baignaient dans un liquide verdâtre. Je n’eus aucune réaction particulière devant cette exposition macabre. Bien que saisissant l’horreur de la situation, tout cela semblait me traverser sans m’atteindre. Que se passait-il ? Était-ce l’effet de l’élixir ?
LEONARDO
Que sont devenues les personnes à qui vous avez fait ces prélèvements ?
LE TROISIEME HOMME
Eliminées bien entendu, selon la loi en vigueur ici. Pas d’infirmes, pas de gens inutiles, tous doivent être en état de produire. Vous avez entendu le président, il hait les médiocres. Nous sommes très à cheval sur cette question.
LEONARDO
Mais alors pourquoi vous servez vous sur des jeunes valides qui peuvent rentrer dans votre système de production ?
LE TROISIEME HOMME
Nous n’en sacrifions qu’un petit pourcentage, juste pour les besoins de notre empereur et de sa cour.
LEONARDO
Mais vous sacrifiez les meilleurs.
LE TROISIEME HOMME
Il y en aura d’autres. Nous avons prévu un ministère de la reproduction qui sélectionne les couples les plus beaux et à la santé irréprochable, afin qu’ils produisent des générations d’individus de très bonne constitution. Tout est sous contrôle et ça fonctionne très bien.
LEONARDO
En quelque sorte vous faites de l’eugénisme.
LE TROISIEME HOMME
Appelez ça comme vous voulez.
Il me fit visiter ce triste dépôt d’humains fragmentés. Puis il m’introduisit dans la salle des tests où je fus soumis à un examen médical complet. Deux médecins se chargeaient de l’affaire accompagnés de deux infirmières. Tout se fit dans un temps record, dans une sorte de ballet bien orchestré. J’étais réduit à l’état d’objet mis à leur disposition. Mon absence de réaction m’étonna. Il m’était impossible de faire autrement. J’avais l’impression d’être dans un cauchemar, à fuir sans pouvoir avancer, tout en sentant le danger approcher. Telle était ma situation.
Après m’avoir manipulé dans tous les sens du terme, on m’allongea sur un brancard.
LEONARDO
Qu’allez-vous me faire ?
UNE INFIRMIERE
Tout se passera bien ne vous inquiétez pas. Vous ne sentirez rien.
LEONARDO
Mais je ne veux pas…
UN MEDECIN
Conduisez le dans la cellule vingt sept et préparez-le. Nous voulons le voir en salle d’opération dans trente minutes précises.
LEONARDO
Quelle salle d’opération, je ne suis pas malade, je vais bien.
LE TROISIEMME HOMME
Justement, c’est pour cela que vous y allez. Bon je vous laisse entre de bonnes mains. Vous n’avez rien à craindre vous verrez vous ne sentirez rien.
Le troisième homme quitta les lieux pendant que l’on m’acheminait vers la cellule vint sept où j’étais attendu par une équipe d’infirmière chargées de me préparer pour l’intervention.
Alors qu’on m’apprêtait pour une opération dont je ne savais en quoi elle allait consister, je réalisai qu’il me fallait sans tarder trouver le moyen d’échapper à ces dangereux manipulateurs. Bien qu’étant encore sous l’effet paralysant de l’élixir, je commençai par me recentrer sur ma respiration pour calmer le flot d’émotions négatives qui empêchait ma raison de prendre la bonne décision. Les infirmières qui s’agitaient autour de moi finirent par quitter les lieux, me laissant seul dans cette pièce froide. Il me fallait puiser au fond de moi la force de me redresser pour fuir ce lieu terrifiant. Je ne sais comment l’expliquer, mais ce fut dans l’instant où je m’abandonnai complètement et sans réserve à ma situation, sans aucune interférence de mon mental que les choses se dénouèrent et que je me redressai pour me rhabiller et quitter prudemment la chambre de préparation. Je glissai furtivement dans le couloir pour me diriger vers l’issue de secours que j’avais repéré. Je m’efforçai à garder mon attention fixée sur chacun de mes pas. Je sentais qu’en maintenant ma concentration dans l’instant présent, il ne pourrait rien m’arriver. J’arrivai devant la porte de l’issue de secours. Je l’ouvris et m’engageai dans les escaliers dans le sens de la descente. C’est à cet instant qu’une alarme se déclencha, elle me concernait. Je précipitai ma descente jusqu’au parking où de superbes bolides étaient garés. J’aperçus dans l’allée centrale une plaque en métal circulaire, probablement une bouche d’égout. Intuitivement je décidai de l’ouvrir, ce que je fis non sans y mettre toute ma force. Un début d’agitation se fit entendre, il devenait évident qu’ils avaient retrouvé ma trace. Je me précipitai dans la bouche d’égout et la refermai de justesse avant qu’une troupe d’hommes armés ne se manifeste. J’étais plongé dans une obscurité nauséabonde. Je me rendis compte que j’avais les pieds dans l’eau. J’avançai à tâtons en prenant bien soin de ne pas perdre l’équilibre. Je sentais que je n’étais pas seul et qu’il me fallait garder mon calme. Le fond sur lequel j’évoluais était glissant. Dans un moment de vacillement, je tentai de trouver un appui sur une paroi quand ma main fut saisie fermement par une créature que je n’arrivai pas à distinguer.
LEONARDO
Qui êtes-vous ?
Je la sentis se mettre en retrait. Je ne devais en aucun cas céder à la panique. Je poursuivis ma fuite dans l’inconnu. Une faible lueur attira mon attention. Je me dirigeai discrètement vers elle. La présence inquiétante m’accompagnait. Soudain un grondement sourd se fit entendre. Une voix derrière moi me cria :
LA VOIX
Cours !
Je pris mes jambes à mon cou en essayant de ne pas glisser. Le grondement se précisait derrière moi et semblait me rattraper. Je n’avais rien d’autre à l’esprit que de m’en sortir. En l’espace d’un instant je me retrouvai noyé dans une eau sale et remplie d’immondices. Je bloquai ma respiration, ne sachant pas combien de temps j’allais pourvoir tenir. Pour la première fois j’eus le sentiment que j’allais mourir. Ne pouvant plus retenir mon souffle, je tentai dans un dernier sursaut de m’extraire de ces flots noirs, quand je fus jeté sur des marches donnant sur une sorte de berge. Je me hissai péniblement en trainant mon corps dans un mouvement reptilien. Je m’effondrai épuisé et à bout de souffle. En redressant la tête je m’aperçus que je n’étais pas seul. Watson se tenait debout devant moi, attendant que je me redresse.
WATSON
Debout, lève toi, il ne faut pas rester ici.
LEONARDO
Où étiez-vous ?
WATSON
Ici.
Je me relevai trempé et dégoulinant de cette eau putréfiée.
LEONARDO
Cela vous amuse de me voir dans cet état ?
WATSON
Allons nous en d’ici.
LEONARDO
Vous répondez toujours à côté.
WATSON
Tu l’as échappé belle.
Il nous conduisit vers des escaliers qui débouchèrent sur une place déserte bordée d’étranges bâtisses en acier.
WATSON
Nous allons prendre l’ascenseur pour le sixième sous-sol.
LEONARDO
Je ne le vois pas.
WATSON
Il se trouve dans une des rues qui donne sur cette place sur la gauche. Nous marchâmes en silence jusqu’à la porte de l’ascenseur. Une fois à l’intérieur, je fus surpris d’y trouver une nouvelle combinaison qui m’était sans doute destinée.
WATSON
Change-toi avant que tu ne prennes froid.
Je me jetai sur la combinaison pressé de me débarrasser de l’odeur infecte qui l’imprégnait suite au bain forcé dans la bouche d’égout.
WATSON
Tu vas mieux ?
Cette question me surprit.
LEONARDO
Pourquoi me posez-vous cette question ? Comment aller bien dans de telles conditions. Je n’ai qu’une hâte c’est de sortir de ce gouffre infernal.
WATSON
Ce n’est pas encore terminé.
LEONARDO
Pourquoi ne me conduisez vous pas directement à la sortie ? Après tout vous connaissez le chemin.
WATSON
Vois ce qui se passe maintenant devant toi.
L’empereur
Je fus conduit dans un palais de marbre, à l’architecture imposante, riche en colonnades et en façades garnies de sculptures de toutes sortes. Je fus introduit dans le salon principal où l’ambre et l’or s’harmonisaient avec des pierres précieuses. Mes yeux s’emplirent de toute cette magnificence. Le troisième homme s’en aperçut :
LE TROISIEME HOMME
Alors toujours prêt à cracher dans la soupe ?
LEONARDO
Je dois reconnaître que c’est hallucinant.
LE TROISIEME HOMME
Et tu n’as pas tout vu. L’empereur va te recevoir.
LEONARDO
L’empereur ?
LE TROISIEME HOMME
C’est le titre qu’il s’est attribué. Un homme aussi puissant…
LEONARDO
Je vois.
Une ravissante hôtesse aux formes voluptueuses s’avança vers nous
L’HÔTESSE
Nous allons prendre l’ascenseur.
Elle nous conduisit vers l’ascenseur. On s’engouffra dans ce bel espace mobile qui descendit de deux étages pour s’ouvrir sur un couloir orné d’œuvres d’art. Au bout du couloir on pouvait apercevoir une ouverture à l’éclairage bleuté vers laquelle je fus conduit.
Je fus introduit dans une immense salle circulaire qui abritait en son centre une piscine. Tout autour se déployait un espace convivial rythmé harmonieusement par des colonnes de marbre blanc. Trois hommes entourés de ravissantes créatures s’abandonnaient à une voluptueuse détente. Un autre se prélassait dans l’eau bleutée de la piscine accompagné de trois jeunes filles. Le troisième homme qui ne me lâchait pas d’un pas me proposa de m’asseoir dans un des fauteuils situé dans une des alcôves qui bordait le bassin. A peine m’étais-je installé qu’une délicieuse jeune fille vint me servir à boire. Je refusai, me souvenant des propos du docteur concernant ma position dans cette aventure mystérieuse.
LE TROISIEME HOMME
Nous ne vous proposons pas n’importe quelle boisson, vous ne trouverez jamais ce goût nulle part ailleurs. Vous devriez essayer, au moins une fois, je vous le conseille.
LEONARDO
Sans façons.
LE TROISIEME HOMME
Servez-lui un peu de notre liqueur rouge.
La jeune fille obtempéra. C’est à cet instant qu’une voix grave, celle de l’empereur, en provenance du bassin, m’interpella.
L’EMPEREUR
Monsieur Ferrare Léonardo, vous me feriez injure en refusant de boire cet élixir de ma fabrication.
LE TROISIEME HOMME
Buvez donc jeune homme, vous ne le regretterez pas.
LEONARDO
Qu’est ce que c’est ?
LE TROISIEME HOMME
Buvez, ça ne peut que vous faire du bien.
Je pris la coupe qui m’était proposée, je la portai à mes narines pour en apprécier l’odeur qui me surprit très agréablement. J’en bus une gorgée. Je découvris un goût nouveau, rien de ce que l’on peut connaître dans le monde d’en haut. Je ressentis cependant une sorte d’appréhension. Il me semblait que quelque chose ne tournait pas rond. L’empereur sortit du grand bassin accompagné des trois nymphettes qui s’empressèrent de le recouvrir d’un superbe peignoir de bain aux tons rouges. Il s’avança vers moi.
L’EMPEREUR
Vous m’avez l’air inquiet jeune homme. De quoi avez-vous peur ?
LEONARDO
Je me sens tout bizarre.
L’EMPEREUR
Rien d’étonnant avec ce que vous venez de boire.
LEONARDO
Que voulez-vous dire ?
L’EMPEREUR
Ce fameux élixir est fait pour vous mettre bien avant la grande opération.
LEONARDO
Quelle opération ?
L’EMPEREUR
J’ai besoin de votre jeunesse, de votre vitalité, et soyons francs de certains de vos organes.
LEONARDO
Je ne comprends pas.
L’EMPEREUR
C’est pourtant bien simple, voyez-vous jeune homme, dans ce monde, tout le monde mange tout le monde. Il faut savoir qu’aujourd’hui vous mangez, mais vous serez mangé à votre tour. Quand vous comprenez ça, vous vous arrangez non seulement pour être mangé en dernier, mais vous faites en sorte que ceux qui vous serviront de nourriture, soient bien engraissés et appétissants. Vous les soignez, vous les nourrissez comme il se doit, et quand ils sont repus et gras, c’est le moment. Tout le monde mange tout le monde. C’est comme ça, mangez avant d’être mangé.
LEONARDO
Tout cela pour en venir ou ?
L’EMPEREUR
Tout cela pour vous dire que votre jeunesse m’intéresse et que vous n’êtes pas en posture de me résister. A partir d’aujourd’hui vous êtes ma possession et ma nourriture. Vous m’appartenez. Rassurez-vous, vous n’êtes pas le premier. Je reconnais que pour cette fois, le président ne s’est pas trompé sur la marchandise. Nous allons vous faire passer quelques tests avant, juste pour s’assurer que vous êtes de bonne composition. En attendant continuez de vous détendre et laissez agir cette boisson merveilleuse.
A peine eut-il terminé sa phrase que je laissai tomber la coupe par terre ce qui ameuta les personnes présentes. Deux hommes apparurent à l’entrée de la piscine et s’approchèrent de moi pour m’encadrer.
L’EMPEREUR
Laissez faire, il nous sera bientôt docile.
Le peu que j’avais bu de l’élixir semblait faire son effet. Je me retrouvai sans réaction, livré aux autres. J’étais devenu leur objet. Ma volonté leur était complètement soumise. Je me sentais bien dans une sorte d’univers de coton dans lequel j’avais l’impression de flotter.
L’EMPEREUR
Faites lui faire les tests.
LE TROISIEME HOMME
A vos ordres majesté.
Le troisième homme me demanda de le suivre. Je me levai tel un automate toujours encadré des deux hommes et je le suivis. Il me fit entrer dans une salle qui était à l’évidence un laboratoire. L’éclairage était froid et l’espace était rempli de grands placards blanc métalliques alignés sur plusieurs files. Le troisième homme s’engouffra dans une des allées bordées par ces placards pour en ouvrir un et me montrer son contenu.
LE TROISIEME HOMME
Tout cela va servir à préserver la jeunesse de notre empereur, mais également celle de ses proches et tous ceux avec qui il traite de grandes affaires. Comme vous devez vous en douter, tout cela a un coût. L’empereur n’est pas satisfait de toutes les tentatives qui ont été faites pour lutter contre le vieillissement. Tout ce traficotage des gènes, ne donne pas encore les résultats escomptés. Sans pour autant abandonner les travaux sur la génétique, il a choisi une solution plus rapide. Remplacer les organes défaillants par d’autres qui auront été prélevés sur des patients sains et en parfaite santé. Voyez donc, vous avez ici notre banque d’organes. Nous avons de tout. Quand je dis tout, c’est tout. Dans cette rangée vous avez tout ce qui concerne les membres par exemple ce placard est un de ceux réservés aux bras. Tous ces organes sont mis en condition, ils sont intacts et très bien préservés, un véritable travail de professionnels. Mais pour nos recherches nous avons besoin de matière, cela se comprend de soi même. Nous réunissons ici les plus grands experts en matière de transplantation d’organes.
Je pus voir toute une série des bras enveloppés dans des sachets, ils baignaient dans un liquide verdâtre. Je n’eus aucune réaction particulière devant cette exposition macabre. Bien que saisissant l’horreur de la situation, tout cela semblait me traverser sans m’atteindre. Que se passait-il ? Était-ce l’effet de l’élixir ?
LEONARDO
Que sont devenues les personnes à qui vous avez fait ces prélèvements ?
LE TROISIEME HOMME
Eliminées bien entendu, selon la loi en vigueur ici. Pas d’infirmes, pas de gens inutiles, tous doivent être en état de produire. Vous avez entendu le président, il hait les médiocres. Nous sommes très à cheval sur cette question.
LEONARDO
Mais alors pourquoi vous servez vous sur des jeunes valides qui peuvent rentrer dans votre système de production ?
LE TROISIEME HOMME
Nous n’en sacrifions qu’un petit pourcentage, juste pour les besoins de notre empereur et de sa cour.
LEONARDO
Mais vous sacrifiez les meilleurs.
LE TROISIEME HOMME
Il y en aura d’autres. Nous avons prévu un ministère de la reproduction qui sélectionne les couples les plus beaux et à la santé irréprochable, afin qu’ils produisent des générations d’individus de très bonne constitution. Tout est sous contrôle et ça fonctionne très bien.
LEONARDO
En quelque sorte vous faites de l’eugénisme.
LE TROISIEME HOMME
Appelez ça comme vous voulez.
Il me fit visiter ce triste dépôt d’humains fragmentés. Puis il m’introduisit dans la salle des tests où je fus soumis à un examen médical complet. Deux médecins se chargeaient de l’affaire accompagnés de deux infirmières. Tout se fit dans un temps record, dans une sorte de ballet bien orchestré. J’étais réduit à l’état d’objet mis à leur disposition. Mon absence de réaction m’étonna. Il m’était impossible de faire autrement. J’avais l’impression d’être dans un cauchemar, à fuir sans pouvoir avancer, tout en sentant le danger approcher. Telle était ma situation.
Après m’avoir manipulé dans tous les sens du terme, on m’allongea sur un brancard.
LEONARDO
Qu’allez-vous me faire ?
UNE INFIRMIERE
Tout se passera bien ne vous inquiétez pas. Vous ne sentirez rien.
LEONARDO
Mais je ne veux pas…
UN MEDECIN
Conduisez le dans la cellule vingt sept et préparez-le. Nous voulons le voir en salle d’opération dans trente minutes précises.
LEONARDO
Quelle salle d’opération, je ne suis pas malade, je vais bien.
LE TROISIEMME HOMME
Justement, c’est pour cela que vous y allez. Bon je vous laisse entre de bonnes mains. Vous n’avez rien à craindre vous verrez vous ne sentirez rien.
Le troisième homme quitta les lieux pendant que l’on m’acheminait vers la cellule vint sept où j’étais attendu par une équipe d’infirmière chargées de me préparer pour l’intervention.
Alors qu’on m’apprêtait pour une opération dont je ne savais en quoi elle allait consister, je réalisai qu’il me fallait sans tarder trouver le moyen d’échapper à ces dangereux manipulateurs. Bien qu’étant encore sous l’effet paralysant de l’élixir, je commençai par me recentrer sur ma respiration pour calmer le flot d’émotions négatives qui empêchait ma raison de prendre la bonne décision. Les infirmières qui s’agitaient autour de moi finirent par quitter les lieux, me laissant seul dans cette pièce froide. Il me fallait puiser au fond de moi la force de me redresser pour fuir ce lieu terrifiant. Je ne sais comment l’expliquer, mais ce fut dans l’instant où je m’abandonnai complètement et sans réserve à ma situation, sans aucune interférence de mon mental que les choses se dénouèrent et que je me redressai pour me rhabiller et quitter prudemment la chambre de préparation. Je glissai furtivement dans le couloir pour me diriger vers l’issue de secours que j’avais repéré. Je m’efforçai à garder mon attention fixée sur chacun de mes pas. Je sentais qu’en maintenant ma concentration dans l’instant présent, il ne pourrait rien m’arriver. J’arrivai devant la porte de l’issue de secours. Je l’ouvris et m’engageai dans les escaliers dans le sens de la descente. C’est à cet instant qu’une alarme se déclencha, elle me concernait. Je précipitai ma descente jusqu’au parking où de superbes bolides étaient garés. J’aperçus dans l’allée centrale une plaque en métal circulaire, probablement une bouche d’égout. Intuitivement je décidai de l’ouvrir, ce que je fis non sans y mettre toute ma force. Un début d’agitation se fit entendre, il devenait évident qu’ils avaient retrouvé ma trace. Je me précipitai dans la bouche d’égout et la refermai de justesse avant qu’une troupe d’hommes armés ne se manifeste. J’étais plongé dans une obscurité nauséabonde. Je me rendis compte que j’avais les pieds dans l’eau. J’avançai à tâtons en prenant bien soin de ne pas perdre l’équilibre. Je sentais que je n’étais pas seul et qu’il me fallait garder mon calme. Le fond sur lequel j’évoluais était glissant. Dans un moment de vacillement, je tentai de trouver un appui sur une paroi quand ma main fut saisie fermement par une créature que je n’arrivai pas à distinguer.
LEONARDO
Qui êtes-vous ?
Je la sentis se mettre en retrait. Je ne devais en aucun cas céder à la panique. Je poursuivis ma fuite dans l’inconnu. Une faible lueur attira mon attention. Je me dirigeai discrètement vers elle. La présence inquiétante m’accompagnait. Soudain un grondement sourd se fit entendre. Une voix derrière moi me cria :
LA VOIX
Cours !
Je pris mes jambes à mon cou en essayant de ne pas glisser. Le grondement se précisait derrière moi et semblait me rattraper. Je n’avais rien d’autre à l’esprit que de m’en sortir. En l’espace d’un instant je me retrouvai noyé dans une eau sale et remplie d’immondices. Je bloquai ma respiration, ne sachant pas combien de temps j’allais pourvoir tenir. Pour la première fois j’eus le sentiment que j’allais mourir. Ne pouvant plus retenir mon souffle, je tentai dans un dernier sursaut de m’extraire de ces flots noirs, quand je fus jeté sur des marches donnant sur une sorte de berge. Je me hissai péniblement en trainant mon corps dans un mouvement reptilien. Je m’effondrai épuisé et à bout de souffle. En redressant la tête je m’aperçus que je n’étais pas seul. Watson se tenait debout devant moi, attendant que je me redresse.
WATSON
Debout, lève toi, il ne faut pas rester ici.
LEONARDO
Où étiez-vous ?
WATSON
Ici.
Je me relevai trempé et dégoulinant de cette eau putréfiée.
LEONARDO
Cela vous amuse de me voir dans cet état ?
WATSON
Allons nous en d’ici.
LEONARDO
Vous répondez toujours à côté.
WATSON
Tu l’as échappé belle.
Il nous conduisit vers des escaliers qui débouchèrent sur une place déserte bordée d’étranges bâtisses en acier.
WATSON
Nous allons prendre l’ascenseur pour le sixième sous-sol.
LEONARDO
Je ne le vois pas.
WATSON
Il se trouve dans une des rues qui donne sur cette place sur la gauche. Nous marchâmes en silence jusqu’à la porte de l’ascenseur. Une fois à l’intérieur, je fus surpris d’y trouver une nouvelle combinaison qui m’était sans doute destinée.
WATSON
Change-toi avant que tu ne prennes froid.
Je me jetai sur la combinaison pressé de me débarrasser de l’odeur infecte qui l’imprégnait suite au bain forcé dans la bouche d’égout.
WATSON
Tu vas mieux ?
Cette question me surprit.
LEONARDO
Pourquoi me posez-vous cette question ? Comment aller bien dans de telles conditions. Je n’ai qu’une hâte c’est de sortir de ce gouffre infernal.
WATSON
Ce n’est pas encore terminé.
LEONARDO
Pourquoi ne me conduisez vous pas directement à la sortie ? Après tout vous connaissez le chemin.
WATSON
Vois ce qui se passe maintenant devant toi.