
photo Jean Durand - tous droits réservés
EPISODE 6
Chapitre 1
deuxième sous-sol
Le bois des suicidés
Watson me poussa littéralement hors de la chambre, j'étais encore sous le choc de cette vision d'horreur. Il me secoua et m’entraîna dans la rue où je fus réveillé par le bruit d’une sirène. C’était une voiture de police qui roulait à vive allure. Je suivais Watson sans comprendre pourquoi et sans savoir où il allait me conduire. Dans quel monde étions nous ? Je commençais à éprouver le besoin d’en sortir. Nous marchions dans la puanteur de cette ville sale et bruyante. Ses rues déversaient des flots de personnes qui allaient et venaient comme des ombres perdues, rien pour apaiser un instant mon regard. Il me fallait marcher au milieu de ces gens sans vie. Je saisis soudain la main de Watson. Je voulais sentir la chaleur d’un corps, me raccrocher à ce qu’il a de réel et de vivant. Il s’arrêta net et me dévisagea. Son regard était plein de bienveillance et je sus à cet instant précis qu’il sentait ce que je ressentais. Il me tapota la main affectueusement et sans rien dire m’invita à poursuivre notre route.
Je n’avais plus aucune notion du temps. J’écoutais nos pas sur le trottoir comme on écoute le tic-tac d’une pendule, tout en suivant mon guide, résigné. Tous mes sens étaient à vif.
deuxième sous-sol
Le bois des suicidés
Watson me poussa littéralement hors de la chambre, j'étais encore sous le choc de cette vision d'horreur. Il me secoua et m’entraîna dans la rue où je fus réveillé par le bruit d’une sirène. C’était une voiture de police qui roulait à vive allure. Je suivais Watson sans comprendre pourquoi et sans savoir où il allait me conduire. Dans quel monde étions nous ? Je commençais à éprouver le besoin d’en sortir. Nous marchions dans la puanteur de cette ville sale et bruyante. Ses rues déversaient des flots de personnes qui allaient et venaient comme des ombres perdues, rien pour apaiser un instant mon regard. Il me fallait marcher au milieu de ces gens sans vie. Je saisis soudain la main de Watson. Je voulais sentir la chaleur d’un corps, me raccrocher à ce qu’il a de réel et de vivant. Il s’arrêta net et me dévisagea. Son regard était plein de bienveillance et je sus à cet instant précis qu’il sentait ce que je ressentais. Il me tapota la main affectueusement et sans rien dire m’invita à poursuivre notre route.
Je n’avais plus aucune notion du temps. J’écoutais nos pas sur le trottoir comme on écoute le tic-tac d’une pendule, tout en suivant mon guide, résigné. Tous mes sens étaient à vif.
Après avoir passé un carrefour où régnait un véritable désordre, nous entrâmes dans une rue aussi triste que les autres mais moins bruyante. Les immeubles aux fenêtres muettes se dressaient de chaque côté. Aucun style, aucune architecture, du béton et de l’acier froid et gris. Nous pénétrâmes dans l’un d’eux. L’entrée était déserte. Watson nous conduisit vers l’ascenseur qui devait nous déposer au deuxième sous-sol. Nous le prîmes. La descente me parut interminable puis la porte s’ouvrit devant une grille haute et noire, au-delà de laquelle je crus apercevoir un étrange bois, la végétation était curieuse, des arbres aux troncs tordus, sans feuilles, squelettiques, entourés de buissons épineux. La vision de ce bois faisait froid dans le dos. Ces fantômes d’arbres abritaient une population d’oiseaux charognards. Ils exécutaient un ballet des plus macabres en se balançant d’une branche à l’autre. Leurs griffes acérées s’accrochaient à l’écorce en les faisant grincer. Le son qu’elles produisaient était semblable à des plaintes humaines. Je ne sais pourquoi, je sentis que ces arbres étaient habités. je les regardai, rempli de crainte. Je me rapprochai de mon guide. Il me repoussa légèrement pour me faire face :
WATSON
Allons, du courage, ce n’est pas le moment d'avoir peur.
LEONARDO
Où allons nous ?
Il ne répondit pas. Il marchait avec lenteur en déroulant ses pas sur le sol jonché de feuilles mortes, jusqu’à l’entrée du bois. Il poussa la grille, comme elle était lourde, je l’aidai ; elle grinça, puis je la refermai derrière nous. Watson resta un moment immobile, promenant son regard alentour. Il leva les yeux vers le ciel plombé, où je vis avec angoisse des vautours tournoyer. Ils me paraissaient énormes. Leurs cris se mêlaient aux croassements des corbeaux perchés sur les branches des arbres décharnés. Ce bois semblait sorti tout droit d’un film d’horreur, les troncs noueux prenaient par moments l'apparence d'une créature de l'au-delà. Soudain, derrière nous, la grille d’entrée grinça à nouveau pour s’ouvrir sur deux hommes transportant un corps recouvert d’un drap noir. Ils passèrent devant nous en nous ignorant délibérément et pénétrèrent à l’intérieur du parc.
Allons, du courage, ce n’est pas le moment d'avoir peur.
LEONARDO
Où allons nous ?
Il ne répondit pas. Il marchait avec lenteur en déroulant ses pas sur le sol jonché de feuilles mortes, jusqu’à l’entrée du bois. Il poussa la grille, comme elle était lourde, je l’aidai ; elle grinça, puis je la refermai derrière nous. Watson resta un moment immobile, promenant son regard alentour. Il leva les yeux vers le ciel plombé, où je vis avec angoisse des vautours tournoyer. Ils me paraissaient énormes. Leurs cris se mêlaient aux croassements des corbeaux perchés sur les branches des arbres décharnés. Ce bois semblait sorti tout droit d’un film d’horreur, les troncs noueux prenaient par moments l'apparence d'une créature de l'au-delà. Soudain, derrière nous, la grille d’entrée grinça à nouveau pour s’ouvrir sur deux hommes transportant un corps recouvert d’un drap noir. Ils passèrent devant nous en nous ignorant délibérément et pénétrèrent à l’intérieur du parc.
WATSON
Suivons les !
Les deux hommes traînèrent le corps vers un sentier qu’ils empruntèrent. Après avoir fait quelques mètres, ils balancèrent le corps sur les bas-côtés, récupérèrent le drap qu’ils replièrent avec un grand soin, et s’en retournèrent.
LEONARDO
Mais qu'est-ce qu'ils font? C'est dégueulasse.
WATSON
Ils font leur travail.
LEONARDO
Ils vont le laisser pourrir comme ça?
WATSON
Ce bois est infesté de charognards, ne te fais pas de soucis, ils se chargent de faire le nettoyage. Mais j'aimerai que tu ailles voir de plus près le cadavre, tu n’es pas au bout de tes surprises.
Nous nous dirigeâmes vers le corps abandonné. Une fois devant, j’eus un moment d’hésitation, le corps gisait, nu sur le ventre, sa disposition ne me permettait pas de distinguer son visage :
Suivons les !
Les deux hommes traînèrent le corps vers un sentier qu’ils empruntèrent. Après avoir fait quelques mètres, ils balancèrent le corps sur les bas-côtés, récupérèrent le drap qu’ils replièrent avec un grand soin, et s’en retournèrent.
LEONARDO
Mais qu'est-ce qu'ils font? C'est dégueulasse.
WATSON
Ils font leur travail.
LEONARDO
Ils vont le laisser pourrir comme ça?
WATSON
Ce bois est infesté de charognards, ne te fais pas de soucis, ils se chargent de faire le nettoyage. Mais j'aimerai que tu ailles voir de plus près le cadavre, tu n’es pas au bout de tes surprises.
Nous nous dirigeâmes vers le corps abandonné. Une fois devant, j’eus un moment d’hésitation, le corps gisait, nu sur le ventre, sa disposition ne me permettait pas de distinguer son visage :
WATSON
Eh bien qu’attends tu, retourne le !
Je me penchai pour saisir une épaule osseuse du cadavre, et d’un geste brusque, je le retournai, non sans manifester un certain dégoût. Dans un grand étonnement je reculai en m'exclamant :
LEONARDO
Mais c’est le fils de…
WATSON
De la femme prostituée, c’est bien lui.
LEONARDO
Mais qu’est-ce qu’il fait là, pourquoi ne lui fait-on pas une sépulture décente ?
WATSON
C’est le sort de ceux qui se suicident, nous sommes dans le bois des suicidés.
LEONARDO
Dans quel délire sommes-nous?
WATSON
Eh bien qu’attends tu, retourne le !
Je me penchai pour saisir une épaule osseuse du cadavre, et d’un geste brusque, je le retournai, non sans manifester un certain dégoût. Dans un grand étonnement je reculai en m'exclamant :
LEONARDO
Mais c’est le fils de…
WATSON
De la femme prostituée, c’est bien lui.
LEONARDO
Mais qu’est-ce qu’il fait là, pourquoi ne lui fait-on pas une sépulture décente ?
WATSON
C’est le sort de ceux qui se suicident, nous sommes dans le bois des suicidés.
LEONARDO
Dans quel délire sommes-nous?
WATSON
Ceux qui se sont donné la mort sont livrés dans ce lieu aux charognards, mais peuvent également y venir ceux qui ont le désir d’en finir. C’est le lieu du suicide.
Le visage blême de cet adolescent captait toute mon attention. Le haut du crâne avait un trou béant, noirci par la balle qui avait probablement traversé sa mâchoire supérieure et son cerveau pour faire exploser sa boîte crânienne. Il était là, sans vie, abandonné à l’appétit vorace des charognards. J’avais du mal à imaginer la mère de ce pauvre garçon accepter cet état de choses, sans doute avait-elle dû se plier à l'une de ces lois étranges qui organisent la vie de cette cité du feu.
LEONARDO
Je suppose que sa mère est au courant.
Le visage blême de cet adolescent captait toute mon attention. Le haut du crâne avait un trou béant, noirci par la balle qui avait probablement traversé sa mâchoire supérieure et son cerveau pour faire exploser sa boîte crânienne. Il était là, sans vie, abandonné à l’appétit vorace des charognards. J’avais du mal à imaginer la mère de ce pauvre garçon accepter cet état de choses, sans doute avait-elle dû se plier à l'une de ces lois étranges qui organisent la vie de cette cité du feu.
LEONARDO
Je suppose que sa mère est au courant.
WATSON
C’est bien supposé. Elle ne peut rien faire de plus, ni elle, ni nous, cette cité à ses lois, elles sont ce qu’elles sont, personne n’y échappe. C’est ainsi. Il doit pourrir là. Pourquoi t’intéresse t-il autant ? Après tout ce n’est plus qu’un cadavre.
Je ne répondis pas, j’étais dans une sorte d’état confusionnel qui me réduisait au silence.
WATSON
Viens, ne restons pas là, il y a quelqu’un que je voudrais te faire rencontrer avant qu’il ne se donne la mort.
LEONARDO
Est-ce vraiment utile ?
WATSON
Cela fait partie de ton voyage, tu n’as pas encore tout vu. Arrête tes gémissements et vois. Il y a des choses qui viennent bien de ton propre regard. Ce monde je ne l’invente pas c’est toi qui le vois. La seule façon de changer le monde est de transformer le regard que tu portes sur lui. Tout n’est qu’une illusion.
LEONARDO
Je connais ce beau discours, ce n’est pas la première fois qu’on me le sort. Mais concrètement je ne vois toujours pas comment le vivre.
C’est bien supposé. Elle ne peut rien faire de plus, ni elle, ni nous, cette cité à ses lois, elles sont ce qu’elles sont, personne n’y échappe. C’est ainsi. Il doit pourrir là. Pourquoi t’intéresse t-il autant ? Après tout ce n’est plus qu’un cadavre.
Je ne répondis pas, j’étais dans une sorte d’état confusionnel qui me réduisait au silence.
WATSON
Viens, ne restons pas là, il y a quelqu’un que je voudrais te faire rencontrer avant qu’il ne se donne la mort.
LEONARDO
Est-ce vraiment utile ?
WATSON
Cela fait partie de ton voyage, tu n’as pas encore tout vu. Arrête tes gémissements et vois. Il y a des choses qui viennent bien de ton propre regard. Ce monde je ne l’invente pas c’est toi qui le vois. La seule façon de changer le monde est de transformer le regard que tu portes sur lui. Tout n’est qu’une illusion.
LEONARDO
Je connais ce beau discours, ce n’est pas la première fois qu’on me le sort. Mais concrètement je ne vois toujours pas comment le vivre.
WATSON
L’expérience Léonardo. Mais il se fait tard, il nous attend.
Il s’engagea sur le chemin où avait été jeté le corps du jeune adolescent. Des corbeaux s’étaient regroupés sur les branches des arbres qui se trouvaient à proximité du cadavre. Plus nous nous enfoncions dans ce parc, plus je ressentais une angoisse et un dégoût. Quand ce cauchemar allait-t-il prendre fin? Cette odeur de mort et cette absence de lumière commençaient à me peser. J’avais l’impression d’être prisonnier d’une force obscure qui tentait sournoisement de me fixer à jamais dans ce monde maudit.
Watson m’entraîna sur un chemin de mort. Des corps pendaient aux branches de quelques arbres, certains dans un état de décomposition avancée servaient de nourriture aux vautours et aux corbeaux, d’autres jonchaient la route, les uns avec le crâne défoncé, certains réduits à l’état de squelettes. Nous bifurquâmes sur la gauche dans un sentier tout aussi lugubre. Une odeur de putréfaction nous montait aux narines au point de nous soulever le cœur. Watson me tendit une écharpe pour me l’appliquer sur la face. Nous nous arrêtâmes devant un homme assis qui nous tournait le dos et qui semblait plongé dans de sombres pensées. Watson l’interpella :
WATSON
Monsieur le ministre !
L’homme ne répondit pas et ne prit même pas la peine de se retourner.
L’expérience Léonardo. Mais il se fait tard, il nous attend.
Il s’engagea sur le chemin où avait été jeté le corps du jeune adolescent. Des corbeaux s’étaient regroupés sur les branches des arbres qui se trouvaient à proximité du cadavre. Plus nous nous enfoncions dans ce parc, plus je ressentais une angoisse et un dégoût. Quand ce cauchemar allait-t-il prendre fin? Cette odeur de mort et cette absence de lumière commençaient à me peser. J’avais l’impression d’être prisonnier d’une force obscure qui tentait sournoisement de me fixer à jamais dans ce monde maudit.
Watson m’entraîna sur un chemin de mort. Des corps pendaient aux branches de quelques arbres, certains dans un état de décomposition avancée servaient de nourriture aux vautours et aux corbeaux, d’autres jonchaient la route, les uns avec le crâne défoncé, certains réduits à l’état de squelettes. Nous bifurquâmes sur la gauche dans un sentier tout aussi lugubre. Une odeur de putréfaction nous montait aux narines au point de nous soulever le cœur. Watson me tendit une écharpe pour me l’appliquer sur la face. Nous nous arrêtâmes devant un homme assis qui nous tournait le dos et qui semblait plongé dans de sombres pensées. Watson l’interpella :
WATSON
Monsieur le ministre !
L’homme ne répondit pas et ne prit même pas la peine de se retourner.
WATSON
Monsieur le ministre nous sommes là, je sais que vous êtes innocent, que vous êtes un homme intègre.
L’homme tourna la tête vers nous et nous dévisagea avec un regard vide, son visage aux traits tirés respirait la résignation et la mort.
LE MINISTRE
Qui êtes vous ?
WATSON
J’accompagne ce jeune homme dans cette cité.
L’homme me dévisagea longuement avec des yeux tristes, ses sourcils épais accentuaient le côté sombre de son regard. Il me fixa droit dans les yeux, et avec le ton bienveillant d’un grand père il me dit :
LE MINISTRE
Je vais enfin quitter ce monde plein de fourberies et de trahisons. Jeune homme, partez loin, vous êtes jeune, vous allez vous abîmer dans cette histoire. Ne faites pas comme moi. J’ai cru en cette humanité, je me suis battu pour elle, j’ai voulu donner à notre société un visage plus humain, voyez où j’en suis réduit, trahi par ceux que j’appelais mes amis, abandonné par mon président à qui je me suis dévoué et en qui je crois encore. Ils m’ont accusé de fraude, de malversations, de détournement de fonds publics à des fins personnelles, mensonges et mensonges, je n’ai rien fait de tout ça mais il leur fallait un bouc émissaire. Ils appellent ça le jeu politique. Tout n’est qu’une question de pouvoir, ils courent tous après à en devenir malades. Voyez les dans les couloirs de l’assemblée, combien de ces députés viennent porter la parole du peuple et s’en préoccupent vraiment, dites moi combien ! Quant aux sénateurs, ils ne se contentent plus que d’occuper un fauteuil et de s’endormir bien assis. Si je me suis lancé dans la politique c’est par conviction. Quand j’ai accepté ce poste, je n’avais qu’une seule ambition faire de ce monde un monde plus juste. Fallait-il que je sois naïf, en fait ils se sont servis de moi. Ils ont utilisé mes compétences, puis ils m’ont sacrifié. J’ai été bafoué dans des scandales financiers qui mettaient en cause des personnalités. J’ai été livré à la justice comme un criminel, mon nom sali dans tous les journaux et malgré tout cela, pour ne pas faire tomber mon président, je n’ai rien dit de ce que je savais, rien. Je n’ai pas l’âme d’un traître, et il le sait. Mais ce n’est pas à lui que j’en veux, il reste pour moi un grand homme. Mais les autres, ces rapaces, prêts à tuer père et mère pour un bout de pouvoir, ceux là je les vomis. Ce monde m’est devenu insupportable, je n’ai plus rien à y faire. Ma mission s’arrête là.
Monsieur le ministre nous sommes là, je sais que vous êtes innocent, que vous êtes un homme intègre.
L’homme tourna la tête vers nous et nous dévisagea avec un regard vide, son visage aux traits tirés respirait la résignation et la mort.
LE MINISTRE
Qui êtes vous ?
WATSON
J’accompagne ce jeune homme dans cette cité.
L’homme me dévisagea longuement avec des yeux tristes, ses sourcils épais accentuaient le côté sombre de son regard. Il me fixa droit dans les yeux, et avec le ton bienveillant d’un grand père il me dit :
LE MINISTRE
Je vais enfin quitter ce monde plein de fourberies et de trahisons. Jeune homme, partez loin, vous êtes jeune, vous allez vous abîmer dans cette histoire. Ne faites pas comme moi. J’ai cru en cette humanité, je me suis battu pour elle, j’ai voulu donner à notre société un visage plus humain, voyez où j’en suis réduit, trahi par ceux que j’appelais mes amis, abandonné par mon président à qui je me suis dévoué et en qui je crois encore. Ils m’ont accusé de fraude, de malversations, de détournement de fonds publics à des fins personnelles, mensonges et mensonges, je n’ai rien fait de tout ça mais il leur fallait un bouc émissaire. Ils appellent ça le jeu politique. Tout n’est qu’une question de pouvoir, ils courent tous après à en devenir malades. Voyez les dans les couloirs de l’assemblée, combien de ces députés viennent porter la parole du peuple et s’en préoccupent vraiment, dites moi combien ! Quant aux sénateurs, ils ne se contentent plus que d’occuper un fauteuil et de s’endormir bien assis. Si je me suis lancé dans la politique c’est par conviction. Quand j’ai accepté ce poste, je n’avais qu’une seule ambition faire de ce monde un monde plus juste. Fallait-il que je sois naïf, en fait ils se sont servis de moi. Ils ont utilisé mes compétences, puis ils m’ont sacrifié. J’ai été bafoué dans des scandales financiers qui mettaient en cause des personnalités. J’ai été livré à la justice comme un criminel, mon nom sali dans tous les journaux et malgré tout cela, pour ne pas faire tomber mon président, je n’ai rien dit de ce que je savais, rien. Je n’ai pas l’âme d’un traître, et il le sait. Mais ce n’est pas à lui que j’en veux, il reste pour moi un grand homme. Mais les autres, ces rapaces, prêts à tuer père et mère pour un bout de pouvoir, ceux là je les vomis. Ce monde m’est devenu insupportable, je n’ai plus rien à y faire. Ma mission s’arrête là.
Il se leva et se mit à marcher lentement dans le sentier, écartant de temps à autre les branches qui gênaient son passage. Nous marchions silencieux derrière lui. Je maintenais l’écharpe plaquée contre ma face pour me protéger des odeurs de mort. De temps en temps des plaintes et des gémissements nous parvenaient du bois. Un coup de feu retentit. Le ministre s’arrêta. Il se retourna pour nous demander :
LE MINISTRE
Vous attendez quoi, vous voulez me voir mourir c’est ça ? N’êtes vous pas rassasiés de tous ces cadavres ?
WATSON
Peut-être avez-vous une dernière volonté à formuler, un dernier message à transmettre à votre famille.
LE MINISTRE
Quelle dernière volonté ? De la volonté je n’en ai plus sinon je n’en serai pas là. Quand à ma famille… quelle famille ? Si, une chose, quand vous retournerez dans le monde des hommes, racontez mon histoire comme vous venez de l'entendre, que ma mémoire ne soit plus entachée de tous ces mensonges.
WATSON
Vos enfants, votre femme ?
LE MINISTRE
Ils s’en sortiront bien sans moi. Non, à eux, je n’ai plus rien à leur dire. Mais si vous arrivez à atteindre mon président je veux bien que vous lui rapportiez ceci…
Le ministre sortit de sa poche une petite boîte noire qu’il tendit à Watson.
Vous attendez quoi, vous voulez me voir mourir c’est ça ? N’êtes vous pas rassasiés de tous ces cadavres ?
WATSON
Peut-être avez-vous une dernière volonté à formuler, un dernier message à transmettre à votre famille.
LE MINISTRE
Quelle dernière volonté ? De la volonté je n’en ai plus sinon je n’en serai pas là. Quand à ma famille… quelle famille ? Si, une chose, quand vous retournerez dans le monde des hommes, racontez mon histoire comme vous venez de l'entendre, que ma mémoire ne soit plus entachée de tous ces mensonges.
WATSON
Vos enfants, votre femme ?
LE MINISTRE
Ils s’en sortiront bien sans moi. Non, à eux, je n’ai plus rien à leur dire. Mais si vous arrivez à atteindre mon président je veux bien que vous lui rapportiez ceci…
Le ministre sortit de sa poche une petite boîte noire qu’il tendit à Watson.
LE MINISTRE
C’est ma légion d’honneur. Rapportez la lui et dites lui bien que jamais je n’ai failli à mon devoir et que je l’ai protégé jusqu’au sacrifice de ma vie. Je m’en vais en emportant avec moi de terribles secrets qui auraient fait tomber bien des têtes. Mais je vous l’ai déjà dit, je n’ai pas l’âme d’un traître. Maintenant je vous demande juste une chose, ne me regardez pas mourir, éloignez vous un peu. Laissez moi faire tranquillement la dernière chose qu'il me reste à faire, le dernier acte de ma vie… Comment vous appelez vous ?
WATSON
Mon nom est Watson et voici Léonardo.
LE MINISTRE
Merci de m’avoir écouté Watson. Quant à toi Léonardo, n’oublie jamais que le pouvoir finit toujours par corrompre, et surtout ne crois pas en être libre. Adieu, maintenant détournez votre regard de ce lieu de désolation, allez vous en.
Il se retourna pour reprendre sa route. Dans cet amas de tristesse et de solitude, je cherchais à comprendre, à discerner. Mon cœur était triste pour cet homme en proie à l’abandon et à la détresse. Watson ne disait rien et ne laissait rien paraître de ses sentiments. J’aurais aimé qu’il mette un peu d’ordre dans mes pensées confuses. Il s’était simplement retourné pour rebrousser chemin. Comme nous marchions ver la sortie, le coup de feu qui annonçait la mort probable du ministre résonna dans tout le bois, prolongé par le cri des corbeaux et des vautours. Je lançai un regard vers Watson qui me dit tout en continuant sa marche :
WATSONC’est ma légion d’honneur. Rapportez la lui et dites lui bien que jamais je n’ai failli à mon devoir et que je l’ai protégé jusqu’au sacrifice de ma vie. Je m’en vais en emportant avec moi de terribles secrets qui auraient fait tomber bien des têtes. Mais je vous l’ai déjà dit, je n’ai pas l’âme d’un traître. Maintenant je vous demande juste une chose, ne me regardez pas mourir, éloignez vous un peu. Laissez moi faire tranquillement la dernière chose qu'il me reste à faire, le dernier acte de ma vie… Comment vous appelez vous ?
WATSON
Mon nom est Watson et voici Léonardo.
LE MINISTRE
Merci de m’avoir écouté Watson. Quant à toi Léonardo, n’oublie jamais que le pouvoir finit toujours par corrompre, et surtout ne crois pas en être libre. Adieu, maintenant détournez votre regard de ce lieu de désolation, allez vous en.
Il se retourna pour reprendre sa route. Dans cet amas de tristesse et de solitude, je cherchais à comprendre, à discerner. Mon cœur était triste pour cet homme en proie à l’abandon et à la détresse. Watson ne disait rien et ne laissait rien paraître de ses sentiments. J’aurais aimé qu’il mette un peu d’ordre dans mes pensées confuses. Il s’était simplement retourné pour rebrousser chemin. Comme nous marchions ver la sortie, le coup de feu qui annonçait la mort probable du ministre résonna dans tout le bois, prolongé par le cri des corbeaux et des vautours. Je lançai un regard vers Watson qui me dit tout en continuant sa marche :
Les hommes de pouvoir ont la grande responsabilité d’exercer dans le discernement, la justice et l’élévation des consciences. Quand cela n’est plus, c’est alors le commencement de la chute qui conduit à l’anéantissement des civilisations, voire même de l’humanité.
La présence de cet homme juste dans ce lieu macabre ne fit qu’accroître mon désarroi. Le sens de ce voyage n’en devenait que plus obscur.
Le croassement des corbeaux firent écho à mes sombres pensées et je plongeai mon regard dans le ciel où un trou de lumière venait de poindre, fragile lueur dans cet univers éteint, comme pour me rappeler au souvenir du soleil qu’il me fallait retrouver coûte que coûte.
